— Oui, et le crayon aussi! répond-elle en refermant son sac à dos.
Le soleil du matin se reflète sur le petit ruisseau qui Serpente :se déplace en faisant des courbes, comme un serpent qui ondule. dans le parc provincial Algonquin, près du Lake of Two Rivers, en Ontario. Camille et son frère Éloi attendent, les pieds dans la Mousse :tapis de petites plantes très douces et très serrées qui poussent sur les roches ou le sol humide, souvent près des rivières et des lacs. encore humide, alors qu’une silhouette s’approche lentement d’eux.
C’est leur grand-père. Son pas est calme, mais ses yeux brillent comme s’il portait un secret.
Il s’accroupit près du ruisseau et plonge ses doigts dans l’eau froide.
— L’eau raconte toujours une histoire, dit-il d’une voix douce mais sérieuse. Aujourd’hui, c’est à vous de l’écouter.
Camille et Éloi se regardent, mi-excités, mi-nerveux.
— Votre mission, poursuit leur grand-père, est de suivre le chemin de cette eau. Découvrez d’où elle vient, où elle va, et la façon dont elle donne vie à tout ce qu’elle touche. Observez. Écoutez. L’eau transmet ses secrets uniquement à celles et à ceux qui marchent avec respect.
Il leur remet un petit Pendentif :petit objet décoratif que l’on porte autour du cou, accroché à une chaîne ou à un cordon. en bois. « Pour vous guider », ajoute-t-il.
Camille serre les bretelles de son sac. Éloi ajuste sa casquette. Ils sont excités, mais leur cœur bat un peu plus vite. Ils n’ont jamais fait une Expédition :voyage organisé pour aller explorer un endroit, découvrir quelque chose ou vivre une aventure. aussi longue.
Le ruisseau est étroit, et l’eau y coule doucement. Le soleil du matin fait briller la surface comme un miroir. Camille s’accroupit pour mieux observer le courant pendant qu’Éloi regarde autour de lui.
— On dirait que l’eau chuchote, murmure-t-il.
Camille hoche la tête.
— Grand‑père a dit que chaque ruisseau raconte quelque chose. Même lorsqu’il est calme, il avance toujours, dit-elle en notant ses observations dans son carnet.
Ils suivent le sentier qui longe l’eau. Peu à peu, le ruisseau devient plus large. L’eau accélère et contourne les rochers avec plus de force. Des plantes poussent près de la Rive :bord d’une rivière, d’un lac ou d’un autre endroit près de l’eau. leurs racines plongées dans le sol humide. Camille remarque des traces dans la boue et s’arrête Brusquement :d’un seul coup, très vite, sans prévenir.
— Regarde! dit-elle en pointant la boue. On dirait des empreintes de pattes.
— Un castor est sûrement passé par ici, répond Éloi. Grand-père dit qu’il connaît chaque tournant de la rivière, puisque c’est sa maison.
Un peu plus loin, quelque chose attire leur attention. Entre les arbres, un énorme barrage fait de branches, de boue et de feuilles bloque une partie d’un ruisseau qui longe la rivière. Camille et Éloi s’en approchent, Bouche bée :être tellement surprise ou surpris que l’on reste la bouche ouverte sans rien dire.
— Wow! As-tu vu ça? souffle Éloi.
L’eau contourne le barrage en Bouillonnant :bougeant beaucoup, comme de l’eau qui fait des bulles ou qui remue très fort. doucement, créant des Remous :mouvements d’eau qui tournent ou bougent dans tous les sens. argentés. Camille observe les morceaux de bois soigneusement empilés.
— C’est fou, murmure-t-elle. Le castor ne se contente pas de vivre près de la rivière, il la transforme!
Elle sent soudain que la rivière n’est pas juste un décor dans la forêt. C’est une véritable source de vie. Grâce à elle, les animaux peuvent se bâtir un abri, se nourrir, se cacher et protéger leur famille.
Le soleil monte lentement dans le ciel, réchauffant la forêt de sa lumière dorée. L’eau devient plus calme et plus large. Tout près de la Surface :dessus de quelque chose, ce que l’on voit en premier. des poissons nagent, tandis que des libellules tournent au-dessus de l’eau en faisant briller leurs ailes bleues et vertes.
Éloi grimpe sur une grosse roche et s’y installe, les yeux rivés sur la vie qui bouge tout autour de lui.
« Si l’eau disparaissait, tout ça disparaîtrait aussi », dit-il doucement.
Camille hoche la tête, son carnet serré contre elle. Elle n’avait jamais regardé l’eau de cette façon. Elle ne l’avait jamais trouvée aussi essentielle, ni aussi pleine de vie.
Ils poursuivent leur marche jusqu’à un lac. L’eau s’étend devant eux, brillante et silencieuse. Le vent fait danser de petites vagues à la surface, et le ciel se reflète dans l’eau. Camille sort son carnet et commence à dessiner le paysage pendant qu’Éloi lance un petit caillou dans l’eau.
— La rivière est devenue immense, dit-il.
— Pourtant, c’est la même eau qu’au début, répond Camille.
En avançant le long de l’eau, Camille et Éloi remarquent soudain plusieurs feuilles qui glissent doucement sur l’eau, comme de petits bateaux colorés. Le vent secoue les branches au‑dessus d’eux, faisant tomber d’autres feuilles rouges, jaunes et orangées qui Virevoltent :bougent très vite dans tous les sens, en tournant ou en faisant de petits zigzags. avant d’atterrir sur l’eau. L’automne est en train d’envahir la forêt, et l’on dirait que chaque arbre veut montrer sa plus belle couleur.
Camille attrape une feuille qui flotte près d’elle et la regarde briller sous la lumière.
« Bientôt, tout ça sera sous la neige », pense-t-elle.
Elle imagine alors le ruisseau en plein hiver, avec sa surface dure et glacée qui craque sous les pas, et l’eau qui continue à filer en dessous, rapide et courageuse, comme un secret que seule connaît la nature.
Cette idée lui donne un Frisson d’excitation :petite sensation qui traverse le corps lorsqu’une personne est très enthousiaste. L’eau ne s’arrête jamais vraiment; elle se transforme et poursuit son chemin, même lorsque personne ne la regarde.
Avant de reprendre la route, Camille referme son carnet, puis lève les yeux vers l’eau qu’ils ont suivie toute la journée. Le soleil descend lentement à l’Horizon :ligne où le ciel semble toucher la terre ou l’eau. et sa lumière transforme la surface du lac en un long ruban d’argent scintillant.
— Je pense que l’on a réussi notre mission, dit-elle.
Éloi se tourne vers elle avec un sourire qui illumine tout son visage.
— Oui, répond Éloi. Maintenant, chaque fois que je verrai de l’eau couler, je penserai à tout ce qu’elle rend possible.
Ils s’engagent de nouveau sur le sentier, silencieux, leurs pas Foulant :marchant sur le sol. les feuilles d’automne qui craquent doucement sous leurs chaussures. On dirait qu’ils marchent avec précaution, comme pour ne pas troubler le voyage de l’eau qui poursuit sa route à leurs côtés. Ils savent qu’elle continuera d’avancer bien après leur départ. C’est une histoire qui coule sans jamais s’interrompre.
Lila Ndinsil écrit et dessine depuis son enfance et le fait professionnellement depuis quelques années. Elle a publié un roman, des nouvelles, de la poésie et des bandes dessinées. Sur les réseaux sociaux, elle est connue sous le pseudonyme d'Artsy Amani, où elle publie ses bandes dessinées et ses illustrations. Tu peux voir ses œuvres sur son site Web.